Ce que la transition électrique des taxis londoniens peut apprendre à Bruxelles
Par L'équipe Tomcabs
Le 1er janvier 2027, tout véhicule nouvellement enregistré comme taxi à Bruxelles devra être zéro émission. Le gouvernement bruxellois a confirmé cette date le 1er octobre 2026, après l'avoir déjà reportée une fois depuis 2025.
Aujourd'hui, Bruxelles compte 3 129 taxis en circulation, dont 440 électriques. Cela représente environ 14 % de la flotte, à moins de trois mois de l'échéance.
Londres a entamé le même chemin neuf ans plus tôt. Depuis le 1er janvier 2018, tout taxi licencié pour la première fois doit y être « zero emission capable » (ZEC). Aujourd'hui, environ 7 taxis londoniens sur 10 répondent à cette norme : 9 577 sur 13 452 véhicules licenciés, selon les chiffres hebdomadaires de TfL.
Londres n'est pas Bruxelles. Sa flotte est quatre fois plus grande, ses black cabs sont des véhicules conçus pour le taxi, et ses règles acceptent des hybrides à prolongateur d'autonomie que la règle bruxelloise « zéro émission » pourrait exclure. Mais Londres a déjà rencontré la plupart des problèmes que les flottes bruxelloises vont affronter. Voici ce que montrent ses neuf premières années.
1. Une date fixe ne fonctionne que si elle ne bouge plus
TfL a annoncé ses règles ZEC des années à l'avance, puis a tenu la date. Le secteur a protesté, planifié, puis acheté.
Bruxelles a fixé en 2022 une échéance pour 2025, puis l'a reportée à 2027. Le 1er octobre 2026, le gouvernement a refusé un second report.
Pour les gestionnaires de flotte : considérez le 1er janvier 2027 comme définitif. Un plan d'achat qui suppose un nouveau report est un pari, pas un plan.
2. Les limites d'âge font bouger les flottes plus que les échéances
La règle de 2018 ne visait que les nouvelles licences. Ce qui a sorti les vieux diesels de Londres, c'est la limite d'âge. TfL a abaissé l'âge maximal des taxis diesel Euro 3, 4 et 5 à 12 ans, par étapes entre 2019 et 2022, tandis que les taxis ZEC gardent une limite de 15 ans. Cet écart de 3 ans donnait aux propriétaires une raison concrète de changer tôt.
Selon TfL, les émissions des taxis ont baissé entre 2019 et 2022 (NOx en baisse de 48 %, CO2 de 41 %, PM2,5 de 86 %).
| Réduction des émissions de NOx | 48 % |
|---|---|
| Réduction des émissions de CO2 | 41 % |
| Réduction des émissions de PM2.5 | 86 % |
Bruxelles a choisi une autre voie le 1er octobre. La Région a relevé les deux limites : de 7 à 9 ans pour les taxis thermiques, et de 8 à 10 ans pour les taxis électriques, à hydrogène et PMR. L'écart entre les deux reste d'un an.
Pour les gestionnaires de flotte : les nouvelles limites vous donnent deux ans de plus avec vos véhicules actuels. Elles ne changent pas ce que vous devrez acheter ensuite. Utilisez ce temps pour préparer la transition, pas pour la repousser.
3. Il faut que quelqu'un paie pour retirer les anciens véhicules
Londres a payé les propriétaires pour retirer leurs vieux taxis. Son programme de « delicensing », lancé en 2017, versait jusqu'à 10 000 £ par véhicule et a retiré plus de 4 000 taxis anciens et plus polluants. Ce programme est aujourd'hui fermé.
L'aide à l'achat a elle aussi diminué. La prime britannique pour les taxis électriques est passée de 7 500 £ à 6 000 £ en 2024, puis à 4 000 £ pour la période d'avril 2025 à avril 2026. Les chauffeurs londoniens ont souligné que, sans la prime de retrait, passer à l'électrique coûtait plus cher.
Aucun des articles que nous avons lus sur le plan bruxellois ne mentionne de prime à l'achat ou à la casse. ⚠️ [à confirmer avant publication]
Pour les gestionnaires de flotte : construisez votre plan en partant du principe que les aides seront faibles, temporaires, ou les deux. Si une aide arrive, ce sera un bonus.
4. Les taxis ont besoin de leurs propres bornes
Un taxi ne recharge pas comme une voiture privée. Il lui faut de la puissance, au bon endroit, pendant de courtes pauses. Londres l'a compris tôt et a installé des bornes rapides réservées aux taxis. En 2025, TfL avait livré 300 bornes rapides, dont 80 réservées aux taxis.
Malgré cela, les chauffeurs en ont demandé davantage et ont signalé que les bornes réservées étaient difficiles à trouver.
Bruxelles prévoit maintenant 100 à 150 bornes rapides et ultrarapides d'ici fin 2028, dans les zones à forte fréquentation, et réfléchit à un tarif spécifique pour les taxis. Notez le calendrier : la plupart de ces bornes arriveront après l'échéance du 1er janvier 2027.
En attendant, depuis le 1er octobre 2026, une borne publique bruxelloise coûte 0,06 € par minute dès qu'un véhicule reste branché plus de six heures entre 9 h et 22 h (lisez notre guide sur le tarif de rotation des VE à Bruxelles).
Pour les gestionnaires de flotte : ne bâtissez pas votre flotte 2027 sur des bornes promises pour 2028. Sécurisez d'abord la recharge au dépôt ou en privé, et utilisez la recharge publique en appoint.
5. L'électricité bon marché n'est pas un chiffre fixe
À Londres, les chauffeurs de taxi payaient autrefois environ 25 pence par kWh sur les bornes rapides publiques. En 18 mois, le tarif sans abonnement de certains réseaux a atteint 65 pence par kWh, selon la Licensed Taxi Drivers' Association. TfL n'avait pas fixé de plafond de prix avec ses opérateurs de recharge, les bornes étant exploitées sur une base commerciale.
| Prix moyen initial | 25 p/kWh |
|---|---|
| Prix de pointe sans abonnement | 65 p/kWh |
La leçon n'est pas qu'un véhicule électrique coûte plus cher à faire rouler. C'est que l'économie réalisée dépend d'un prix que vous ne contrôlez pas.
Pour les gestionnaires de flotte : calculez vos coûts avec une fourchette, pas avec un seul prix. Demandez-vous ce que devient votre marge par kilomètre si la recharge publique double. Si la réponse fait mal, la recharge au dépôt vaut plus qu'il n'y paraît.
6. Dépendre d'un seul modèle est un risque
À Londres, chaque taxi doit être accessible en fauteuil roulant. En pratique, cela a fait d'un seul modèle, le LEVC TX, le choix par défaut pour les nouveaux black cabs. Selon des articles parus en 2026, la production du TX5 touche à sa fin et le calendrier de son successeur reste flou. L'association des chauffeurs et Freenow demandent désormais à TfL de suspendre la limite de 12 ans pour les anciens diesels, car ils craignent que les vieux taxis quittent la flotte plus vite que les nouveaux n'arrivent.
Bruxelles fait face à une version plus petite de ce problème. En 2024, la fédération belge des taxis (FeBeT) citait le manque de véhicules adaptés parmi les raisons pour lesquelles le secteur n'était pas prêt. Et le plan du 1er octobre prévoit une dérogation générale à l'obligation zéro émission pour les taxis PMR, signe que l'offre de taxis électriques accessibles reste limitée.
Pour les gestionnaires de flotte : identifiez au moins deux modèles que vous pourriez acheter en 2027, avec leurs délais de livraison. Si vous exploitez des taxis PMR, vérifiez comment la dérogation s'appliquera à vous une fois le texte légal publié.
Ce que Londres ne vous dit pas
Les chiffres de Londres ne prouvent pas que Bruxelles atteindra 70 % de taxis électriques en huit ans. Londres a commencé plus tôt, a payé davantage, et a accepté des hybrides offrant une autonomie électrique minimale. Bruxelles démarre plus tard, avec moins d'argent sur la table, une règle « zéro émission » plus stricte et un marché plus petit et plus dense. Certaines leçons se transposent. Le calendrier, non.
Checklist pour les gestionnaires de flotte bruxellois
- Listez chaque taxi avec sa date de première immatriculation. Notez quand il atteint la nouvelle limite : 9 ans (thermique) ou 10 ans (électrique, hydrogène, PMR).
- Pour chaque véhicule qui quittera la flotte après le 1er janvier 2027, prévoyez un remplaçant électrique et une date d'achat.
- Retenez au moins deux modèles et obtenez les délais de livraison par écrit.
- Sécurisez une recharge que vous contrôlez (dépôt, privé ou contrat) avant de compter sur les bornes publiques.
- Calculez votre coût au kilomètre avec au moins deux prix de l'électricité : celui d'aujourd'hui et un prix plus élevé.
- Suivez le temps que chaque véhicule passe en recharge, et à quel moment.
- Informez vos chauffeurs du tarif de rotation : après six heures de branchement entre 9 h et 22 h, chaque minute coûte 0,06 €.
- Prévoyez les pannes : selon les nouvelles règles, un véhicule thermique de remplacement peut être utilisé 6 mois, renouvelables une fois.
- Surveillez la publication des textes légaux, un éventuel tarif de recharge spécifique aux taxis et toute aide à l'achat.
Un dernier mot
La transition londonienne n'est pas une seule décision. Ce sont des milliers de petites décisions : quel véhicule acheter, quand recharger, quel taxi retirer, quel service couvrir. Tomcabs réunit les taxis, les services, les courses et les paiements dans un seul espace de travail, pour que les exploitants voient ce que fait réellement leur flotte au moment de prendre ces décisions.